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Economie

Entretien avec Efi Frager, cheffe du service économique de l’ambassade de France à Doha.

Finalement peu touchées par la crise sanitaire du Covid-19, les relations commerciales économiques entre la France et le Qatar sont au beau fixe. Pétrole et gaz, transport, environnement, infrastructures… La France compte déjà 120 implantations et près de 90 franchises. Une présence qui devrait encore s’accentuer dans les années à venir tant les projets de l’émirat sont nombreux dans des domaines où l’expertise française n’est plus à démontrer.

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Quelles sont les missions du service économique de l’ambassade de France à Doha ? 

Il est chargé du suivi et de l’analyse de la situation macroéconomique et financière du Qatar à l’attention des autorités françaises, et notamment de la direction générale du Trésor. Il assure également le soutien aux entreprises françaises, qu’il s’agisse d’exportations, d’opération ou de stratégie d’implantation : il accompagne ainsi les société qui suivent les marchés publics, notamment, les grands contrats d’infrastructures. Le service travaille aussi en faveur des PME et ETI [entreprises de taille intermédiaire, ndlr] désireuses d’explorer le marché qatarien en coordination avec Business France. Enfin, il promeut l’attractivité de la France auprès des investisseurs qatariens en collaboration avec Business France Invest. Le service économique joue un rôle de coordination et d’animation de la France à l’export, en coopération avec l’ensemble des acteurs sur place : Business France, la Chambre de commerce et d’industrie France Qatar, la section locale des Conseillers du commerce extérieur de la France.

Comment analysez-vous la relation économique franco-qatarienne ?

Elle est très dense et les opportunités sur le marché qatarien offrent des perspectives de mise en place de véritables partenariats dans de nombreux domaines. Le volume des échanges commerciaux en 2021 s’est élevé à 1,6 milliard d’euros et l’excédent bilatéral dépasse les 320 millions d’euros malgré les effets négatifs de la crise sanitaire. Le Qatar est un partenaire privilégié de la France qui compte 120 implantations françaises et près de 90 franchises. Elles opèrent dans un large éventail de secteurs, participant ainsi au développement de l’économie qatarienne dans son ensemble : les hydrocarbures, la défense et l’aéronautique, mais également, en ligne avec la volonté de diversification économique, les infrastructures et la construction, les transports, l’hôtellerie, le numérique, l’environnement, la finance ou encore la distribution. De l’autre côté, le Qatar a une forte présence en France, d’une part évidemment dans l’immobilier, le luxe et le sport, mais également via des prises de participation dans des grands groupes tricolores. Le fonds souverain du Qatar, Qatar Investment Authority (QIA), illustre enfin sa confiance dans l’écosystème français au travers d’investissements dans des PME innovantes de l’Hexagone, via Future French Champions, un véhicule d’investissements conjoints avec Bpifrance.

Quelles sont, selon vous, les perspectives de cette relation bilatérale ?

À la faveur de la reprise post-crise sanitaire, la relation a gagné un nouveau souffle depuis septembre 2021, avec notamment la visite d’une délégation du MEDEF International, multisectorielle et de très haut niveau, et bien sûr le déplacement du président Emmanuel Macron à Doha en décembre dernier, accompagné d’une partie du gouvernement et de chefs d’entreprises. À cette occasion, un mémoire d’entente a été signé par Bruno Le Maire [ministre de l’Économie, ndlr] avec son homologue qatarien, établissant une coopération entre nos deux ministères des Finances dans différents domaines, dont les politiques budgétaires, les partenariats publics-privés (PPP), ou encore la finance verte. La tenue du dialogue stratégique entre la France et le Qatar en mars dernier a permis de réaffirmer cette volonté forte de coopération pour l’année à venir. Elle se traduira également par des échanges accrus dans la sécurité alimentaire, le transport maritime, l’énergie et l’économie circulaire. Ces sujets font d’ailleurs l’objet d’une importante coopération institutionnelle entre les administrations française et qatarienne, coordonnée par le service économique de l’ambassade. C’est le cas dans le domaine de l’environnement où nous avons co-organisé avec le ministère des Municipalités une conférence, en mars 2022, à l’occasion de laquelle la stratégie nationale du Qatar a été annoncée et la France a présenté son offre technologique et son savoir-faire. Les échanges sur les bonnes pratiques et l’expérience acquise ont été fructueux. Enfin, il va de soi que la Coupe du monde de football constitue une échéance majeure pour l’émirat et donne des opportunités de coopération entre la France et le Qatar à différents niveaux.

Quel avenir voyez-vous à la situation économique qatarienne et au développement du business français dans l’émirat, post-Coupe du monde ?

Petit pays très riche, fort du 4e PIB par habitant au monde, le Qatar a vu son économie résister solidement à la pandémie grâce aux mesures de soutien du gouvernement. Après une croissance à 1,5 % en 2021, les perspectives économiques de l’émirat sont excellentes, avec une prévision de croissance supérieure à 3 % en 2022, soutenue par les effets de la Coupe du monde de football dans le court terme. La croissance devrait par la suite être portée par les investissements record attendus dans le développement du gaz naturel liquéfié. Les entreprises françaises sont là pour accompagner le Qatar dans ces projets comme l’illustre le mégacontrat remporté par Technip Energies avec son partenaire Chiyoda en février 2021 sur le projet North Field East. Toute la chaîne de valeur du secteur parapétrolier français est en place pour répondre aux appels d’offres à venir et contribuer ainsi pleinement à l’expansion de ce secteur si crucial pour l’économie qatarienne et globale. Le Qatar, deuxième exportateur de GNL au monde, devrait augmenter de 64 % ses capacités de liquéfaction de gaz d’ici fin 2027. En outre, le pays a à cœur de diversifier son économie pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, et d’autres secteurs font l’objet d’un effort particulier, sur lesquels les entreprises françaises sont déjà bien positionnées. Je pense notamment aux transports (le réseau de métro et de tramway à Doha, haut de gamme, mobilise fortement l’expertise française), à la logistique, à l’environnement et à la gestion des déchets, ou encore à l’autosuffisance en matière agricole qui fait l’objet d’un volontarisme politique remarquable. La Qatar National Vision 2030, qui cherche à faire émerger une économie de la connaissance, pourrait également être riche en opportunités dans les années à venir, notamment dans la santé, l’éducation ou encore la formation. La fin du blocus imposé par l’Arabie saoudite et ses alliés pendant trois ans et demi, jusqu’à début 2021, ouvre de nouvelles opportunités pour le Qatar, facilitant l’interconnexion régionale de Doha. Je prends l’exemple du projet de connexion ferroviaire annoncé par les autorités qatariennes devant assurer la liaison entre Doha et Riyad. La France a développé un important savoir-faire dans la grande vitesse dans le cadre de partenariats internationaux couronnés de succès, et ce projet présente un grand intérêt pour les entreprises françaises du secteur.

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